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Ce qui a changé le 28 mai 2026
Jusqu'en mai 2026, le rescrit valeur souffrait d'un défaut rédhibitoire : vous pouviez soumettre votre évaluation à l'administration, attendre six mois, et n'obtenir aucune réponse. Ce silence ne valait rien. Sans acceptation expresse, vous repartiez sans garantie, avec six mois de perdus.
L'article 8 de la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique a renversé la règle. Le nouvel article L18 du livre des procédures fiscales, en vigueur depuis le 28 mai 2026, dispose :
« Lorsque la demande concerne une entreprise qui relève de la catégorie des micro, petites et moyennes entreprises définie à l'annexe I au règlement (UE) n° 651/2014 [...], l'absence de réponse de l'administration dans ce délai vaut accord sur la valeur estimée. »
Autrement dit : pour une PME au sens européen, le silence de l'administration pendant six mois engage désormais celle-ci sur la valeur que vous avez proposée.
Qui peut en bénéficier
Le dispositif reste étroitement borné. Quatre conditions cumulatives.
1. Une donation, et rien d'autre
L'article L18 vise « le redevable qui envisage la donation de tout ou partie de son entreprise individuelle ou des titres de la société dans laquelle il exerce des fonctions de direction ».
Sont donc hors champ :
- les transmissions par décès — une succession ne se planifie pas par rescrit ;
- les cessions à titre onéreux ;
- les apports de titres à une holding ;
- l'évaluation pour l'impôt sur la fortune immobilière.
2. Un donateur qui dirige
Le donateur doit exercer des fonctions de direction dans la société dont les titres sont donnés. Un associé passif qui transmet ses parts ne peut pas y recourir.
3. Une société qui exploite
Le texte exclut expressément « les titres de sociétés ayant pour activité principale la gestion de leur propre patrimoine mobilier ou immobilier ». Les holdings patrimoniales et les SCI sont donc exclues du rescrit valeur — alors même que ce sont souvent elles qui posent les questions d'évaluation les plus délicates.
Une holding animatrice, qui participe activement à la conduite de la politique de son groupe, n'entre pas dans cette exclusion. Mais la frontière entre holding animatrice et holding passive est l'un des terrains de contentieux les plus fournis : ne la franchissez pas sans avoir documenté l'animation.
4. Une PME au sens européen
C'est la condition propre à la nouveauté de 2026. L'annexe I du règlement (UE) n° 651/2014 définit la PME comme l'entreprise qui :
- occupe moins de 250 personnes, et
- réalise un chiffre d'affaires annuel n'excédant pas 50 M€ ou présente un total de bilan n'excédant pas 43 M€.
Notez la structure : l'effectif est une condition ferme, tandis que le chiffre d'affaires et le bilan sont alternatifs. Une société de 100 salariés réalisant 60 M€ de chiffre d'affaires reste une PME si son bilan ne dépasse pas 43 M€.
Au-delà de ces seuils, le rescrit valeur reste ouvert — mais seule une acceptation expresse engagera l'administration.
Les dix pièces exigées
L'article R*18-1 du livre des procédures fiscales fixe le contenu de la demande. Elle s'adresse à l'administration centrale de la DGFiP, par tout moyen permettant de prouver sa réception, et comporte le projet d'acte de donation ainsi qu'une proposition d'évaluation détaillant :
1. le nom, la forme juridique et le numéro d'immatriculation de l'entreprise ;
2. les statuts et, le cas échéant, la structure du capital au sein du groupe ;
3. la quotité et la nature des droits donnés, ainsi que l'existence et le contenu des pactes d'actionnaires ;
4. la date et le montant des mutations intervenues sur l'entreprise ou les titres au cours des trois années précédentes ;
5. la description des activités principales et secondaires ;
6. les comptes individuels et consolidés des trois derniers exercices ;
7. l'analyse financière et les principales données économiques de l'entreprise et de son secteur ;
8. l'exposé des méthodes d'évaluation retenues et le détail des calculs ;
9. les particularités justifiant, le cas échéant, une approche spécifique ;
10. toute autre information de nature à justifier l'évaluation proposée.
Le point 8 est le cœur du dossier. Il ne s'agit pas de communiquer un chiffre, mais de démontrer un raisonnement : quelles méthodes, pourquoi celles-là, quels paramètres, quelles pondérations, quelles décotes et sur quel fondement.
Le mécanisme des délais, et son piège
Le délai de six mois ne court pas depuis l'envoi de votre demande.
- Si le dossier est complet, il court à compter de sa réception par l'administration.
- Si des pièces manquent, l'administration dispose de deux mois pour réclamer des compléments. Le délai de six mois ne démarre alors qu'à réception de ces compléments.
Conséquence directe : un dossier incomplet peut décaler le point de départ de plusieurs mois. Là où la règle du silence valant accord devrait vous faire gagner du temps, une pièce oubliée vous en fait perdre. Le soin apporté au dossier initial n'est pas une élégance, c'est le levier du calendrier.
Deux autres obligations, souvent négligées :
- Pendant l'instruction, vous êtes tenu de communiquer tout élément nouveau susceptible de remettre en cause l'évaluation proposée (R*18-1, IV). Une offre de rachat reçue entre-temps, un contrat majeur signé ou perdu : le silence de votre part fragiliserait la garantie obtenue.
- La donation doit être réalisée dans les trois mois suivant la réponse, sur la base de la valeur acceptée (L18, I, 3°). Passé ce délai, la garantie tombe.
Ce que la garantie couvre — et ce qu'elle ne couvre pas
Le rescrit valeur écarte l'application de l'article L17 du LPF, c'est-à-dire le pouvoir de l'administration de rectifier le prix ou l'évaluation déclarée.
Il ne vous protège pas pour autant :
- de la remise en cause des faits déclarés : la garantie repose sur la sincérité de votre dossier. Une information inexacte ou omise la fait tomber ;
- d'un contrôle sur d'autres terrains : le régime Dutreil, la qualification d'une holding animatrice ou l'abus de droit restent entièrement contrôlables ;
- d'une évolution ultérieure : la valeur acceptée vaut pour la donation projetée, à sa date, pas pour une opération future.
Comment construire une évaluation défendable
L'administration a publié en juin 2026 une nouvelle édition de son guide « L'évaluation des entreprises et des titres de sociétés ». C'est le document de référence : il expose les méthodes que les services appliqueront à votre dossier. Présenter une évaluation construite selon une autre logique, c'est s'exposer à un débat sur la méthode avant même de discuter du chiffre.
Trois principes structurent ce guide.
Combiner les méthodes, sans les multiplier. Le guide met en garde : « la mise en œuvre d'un nombre varié de méthodes n'est pas une garantie d'objectivité ». Chaque méthode retenue doit être justifiée par les caractéristiques de la société ; chaque méthode écartée doit l'être explicitement.
Pondérer selon la taille et le pouvoir de décision. Le guide publie un tableau de pondérations entre valeur mathématique (VM) et valeur de rentabilité (VRent) :
| Paquet de titres | PME petite | PME moyenne | Entreprise importante | Holding, SCI |
|---|---|---|---|---|
| Majoritaire | (3 VM + VRent) / 4 | (2 VM + VRent) / 3 | (VM + VRent) / 2 | (4 VM + VRent) / 5 |
| Minoritaire | (VM + VRent) / 2 | (VM + 2 VRent) / 3 | (VM + 3 VRent) / 4 | (2 VM + VRent) / 3 |
Ces coefficients sont donnés « à titre purement indicatif et sans caractère contraignant ». Ils constituent néanmoins la référence de fait du débat contradictoire.
Ne jamais compter deux fois le même risque. C'est là que les évaluations se font redresser. Le guide est explicite : « l'application de primes et décotes ne peut en aucun cas être mécanique ». Quatre doubles emplois classiques :
- une prime de contrôle ajoutée alors que la pondération majoritaire tient déjà compte du pouvoir de décision ;
- une décote de taille appliquée alors qu'une prime de taille a déjà majoré le taux d'actualisation ;
- une décote d'illiquidité cumulée à une décote de holding, laquelle est globale et absorbe les autres ;
- une décote de minorité appliquée alors que la valeur de rendement ou des multiples boursiers reflètent déjà la position d'un actionnaire minoritaire.
Un cumul de décotes non justifié transforme une évaluation défendable en cible.
Faut-il y recourir ?
Le rescrit valeur a un coût : un dossier substantiel, et un calendrier d'au moins six mois — davantage si des compléments sont demandés. Il ne se justifie pas pour toute donation.
Il devient pertinent lorsque :
- l'enjeu en droits de mutation est significatif ;
- la valeur repose sur des éléments discutables — incorporels non comptabilisés, actifs hors exploitation, forte dépendance au dirigeant ;
- l'opération s'inscrit dans un ensemble plus vaste (pacte Dutreil, transmission échelonnée) dont la sécurisation conditionne la suite.
À l'inverse, pour une société sans particularité, dont la valeur ressort clairement de méthodes usuelles, le jeu peut ne pas en valoir la chandelle. Une évaluation solidement documentée, conservée au dossier, suffit souvent à soutenir un débat contradictoire en cas de contrôle.
En résumé
| Ce qui change | Silence de l'administration = accord, pour les PME |
| Depuis | 28 mai 2026 (loi n° 2026-403 du 26 mai 2026, art. 8) |
| Opérations visées | Donations uniquement — pas les successions ni les cessions |
| Exclusions | Sociétés de gestion de patrimoine (holdings patrimoniales, SCI) |
| Condition PME | Moins de 250 salariés ET (CA ≤ 50 M€ OU bilan ≤ 43 M€) |
| Délai | 6 mois à compter de la réception du dossier complet |
| Dossier | 10 rubriques imposées par l'article R*18-1 du LPF |
| Après la réponse | Donation à réaliser dans les 3 mois |
Cet article présente le cadre applicable à sa date de mise à jour. Il ne constitue pas une consultation juridique ou fiscale. Pour une opération significative, faites-vous accompagner par votre notaire, votre expert-comptable ou votre avocat fiscaliste.
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